Je n'ai pas eu peur
On m'a dit: "si tu vas à New York, il faut ABSOLUMENT que tu ailles voir une messe Gospel à Harlem, c'est fabuleux!".
Je ne suis pas contrariant donc je suis allé voir une messe Gospel à Harlem.
Je suis un peu con en revanche, donc j'ai pris mon petit guide de la ville en question et j'ai regardé ce qu'on me conseillait comme paroisse.
Par chance, ça doit faire partie des "must" de la Big Apple (ou de l'ancienne Nouvelle-Amsterdam si je veux me lancer dans les synonymes de la Cités des Anges - raté). Je trouve donc mon adresse: l'Eglise Baptiste Abyssinienne réputée pour son pasteur charismatique et militant, le dénommé Calvin O. Butts III, qui aurait une grande influence politique.
J'arrive légèrement en retard (on sent que la rentrée approche...)pour la deuxième séance dominicale, problème, je ne dois pas être le seul à qui on avait dit que c'était "ABSOLUMENT fabuleux" car la queue fait le tour du pâté de maison avec une dizaine de vigiles-GO qui lancent les instructions sur la forme de la file, les temps d'attente, les consignes de sécurité...
Je commence à me dire que je vais rater un moment phare lorsque ma vue perçante me permet d'observer de l'autre côté de la rue, une autre église.
Rien que le nom annonçe tout un programme: The African Methodist Episcopal Zion Church.
Je rentre et je ressens déjà les vibrations du choeur, la passion spirituelle et la foi magnétique qui accompagnent tous ces fidèles extatiques venus écouter et communier ensemble autour de ce message d'amour libérateur qui a traversé les siècles pour, aujourd'hui, rejaillir dans le coeur de chaque homme et de chaque femme (et de chaque personne au sexe indéterminé car Dieu est amour et accepte les brebis égarées même si c'étaient initialement des béliers et inversement).
Je m'assieds.
Je regarde mon voisin, un blanc, je regarde le banc devant, des blancs, les autres bancs, des blancs.
En tout et pour tout, il y a 10 noirs dans l'assemblée, pasteur, prêcheur, chanteurs, videurs compris. Le reste c'est du touriste, sûrement refoulé comme moi de la première boîte, enfin église.
Je ne suis pas vraiment adepte des théories raciales et autres qui fleurissent de temps à autres dans nos contrées mais je m'attendais à un peu plus de couleur locale. C'est un peu comme aller au Parc Astérix et voir Mickey. Heureusement que je n'ai pas payé, je suis à deux doigts de partir.
Je reste quand même car vous l'aurez compris, la menace du paragraphe précédent n'était qu'un effet d'annonce pour ajouter un peu de suspens à cette histoire qui en manque terriblement.
Je suis donc resté et j'ai bien fait car j'ai passé un bon moment. Pour un truc touristique, c'était vraiment bien fait. Si vous avez déjà vu des offices de ce type dans des séries ou des films, on retrouvait tous les codes du genre.
Une personne monte à la tribune et commence un mélange de sermon et de témoignage.
Le style est direct,vivant mais en anglais donc vous n'aurez pas la traduction intégrale (s'il ne fallait pas faire 15 enfants et porter des chaussettes qui remontent jusqu'aux genoux, je serais presque pour la messe en latin, au moins ce serait uniformisée).
Les envolées lyriques se succèdent, ponctuées de "oh yeah!", "amen!", voire, pour les plus belles, de riffs de synthé et de quelques percussions sur les tambourins.
Le révérend assis derrière l'autel, acquiesce les yeux fermés accentuant son accord par des tapotements sur son accoudoir.
Même les momies/mamies du premier rang s'enthousiasment comme si on leur avait annoncé que le dernier numéro de "Tricot magazine" était en kiosque.
La fin du prêche était accompagné du fameux "Oh Happy Days". A ce moment là, tout fout le camp. Tout le monde se lève, tape dans les mains, chante à tue-tête. Tout le monde sauf moi, car je suis en train de prendre des notes pour écrire ce billet (qu'est-ce que je ne ferais pas pour vous?!).
Il manque aussi le troupeau d'Italiens qui étaient assis devant moi. Je dis Italiens par déduction car je ne les ai pas entendus parler distinctement. Ils avaient seulement une tenue et un style qui ne pouvaient qu'être italiens. A quelques millimètres de ce qui pourrait être considéré comme "fashion" mais les quelques millimètres manquant font tout retomber dans le mauvais goût. Si près, si loin...
Je tiens à préciser que je n'ai rien contre les italiens, d'ailleurs j'adore leur cuisine.
Les macaroni sont donc partis, sûrement à cause de la chaleur étouffante qu'il y avait dans l'église. C'est vrai qu'il faisait chaud. Le terme "African" dans le nom de l'Eglise devait d'ailleurs plus être en rapport avec le climat tropical à l'intérieur qu'avec les origines des personnes dans l'assemblée.
Ca nous a fait fuir les ritals. Il faut dire que la fille juste devant moi était en sueur. Je ne saurais dire si c'était seulement dû à la température ou si l'énergie qu'elle dépensait à se ventiler avec son plan de métro ne contribuait pas plus à son calvaire.
Ils ont eu tort de partir... Parce qu'"Oh happy days!", c'était quelque chose. Ca rebooste son monde pour toute la journée au moins. D'ailleurs c'est à ce moment-là que j'ai pris la décision d'aller faire un musée l'après-midi. C'est pour dire!
Malheureusement toute bonne chose a une fin, et après un petit mot du révérend à ses ouailles, tout le monde était renvoyé à la maison.
A toutes les lèvres(francophones du moins) pendait la même question: "Il y avait beaucoup de touristes, tu penses qu'ils en font une pour eux?".
Pour ceux qui trouveraient ce billet un peu "borderline" voire raciste, je tiens à préciser que j'ai un ami noir.
Pour ceux qui le trouveraient blasphématoire, j'ai également un ami prêtre.
Je recherche d'ailleurs un prêtre noir qui voudrait bien être mon ami pour simplifier les choses.